BORIS VIAN RENCONTRE NAN GOLDIN « Chloé, je voudrais sentir vos seins nus sur ma poitrine, mes deux mains croisées sur vous, vos bras autour de mon cou, votre tête parfumée dans le creux de mon épaule, et votre peau palpitante, et l’odeur qui vient de vous. »

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Boris Vian, Les Invités, Littérature, Nan Goldin

La Rencontre poétique d’Alma Jélavy, à retrouver dans La Blouse

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Nan GoldinPatrick and Teri on their wedding night, 1987, photographie, Collection privée

Chloé, je voudrais sentir vos seins nus sur ma poitrine, mes deux mains croisées sur vous, vos bras autour de mon cou, votre tête parfumée dans le creux de mon épaule, et votre peau palpitante, et l’odeur qui vient de vous.

Boris Vian, « L’écume de jours », 1947

Colin courait dans la rue.

– Ce sera une très belle noce… C’est demain, demain matin. Tous mes amis seront là…

La rue menait à Chloé.

-Chloé, vos lèvres sont douces. Vous avez un teint de fruit. Vos yeux voient comme il faut voir et votre corps me fait chaud…

Des billes de verre roulaient dans la rue et des enfants venaient derrière.

– Il me faudra des mois, des mois, pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou…

Il y eut trois petites filles. Elles chantaient une ronde toute ronde et la dansaient en triangle.

– Chloé, je voudrais sentir vos seins nus sur ma poitrine, mes deux mains croisées sur vous, vos bras autour de mon cou, votre tête parfumée dans le creux de mon épaule, et votre peau palpitante, et l’odeur qui vient de vous. 

Le ciel était clair et bleu, le froid vif encore, mais moins. Les arbres, tout noirs, montraient au bout de leur bois terni, des bourgeons verts et gonflés.

-Quand vous êtes loin de moi, je vous vois dans cette robe, avec des boutons d’argent, mais quand la portiez-vous donc ? Non, pas la première fois. C’était le jour du rendez-vous, sous votre manteau lourd et doux, vous l’aviez contre votre corps.

Il poussa la porte de la boutique et entra.

– Je voudrais des masses de fleurs pour Chloé !… dit-il.

– Quand doit-on les lui porter ? demanda la fleuriste.

Elle était jeune et frêle, et ses mains rouges. Elle aimait beaucoup les fleurs.

– Portez-les demain matin, et puis portez-en chez moi, qu’il y en ait plein notre chambre, des lis, des glaïeuls blancs, des roses, et des tas d’autres fleurs blanches, et mettez aussi, surtout, un gros bouquet de roses rouges…

(…)

La grande voiture blanche se frayait précautionneusement un chemin dans les ornières de la route. Colin et Chloé, assis derrière, regardaient le paysage avec un certain malaise. Le ciel était bas, des oiseaux rouges volaient au ras des fils télégraphiques en montant et descendant, comme eux, et leurs cris aigres se reflétaient sur l’eau plombée des flaques.

– Pourquoi est-on passés par là ? demanda Chloé à Colin.

– C’est un raccourci, dit Colin. C’est obligatoire. La route ordinaire est usée. Tout le monde a voulu y rouler parce qu’il y faisait beau tout le temps, et maintenant, il ne reste que celle-ci. Ne t’inquiète pas, Nicolas sait conduire.

– C’est cette lumière, dit Chloé.

Son coeur battait vite, comme serré dans une coque trop dure. Colin passa son bras autour des épaules de Chloé, et prit le cou gracieux entre ses doigts, sous les cheveux, comme on prend un petit chat.

– Oui, dit Chloé en rentrant la tête dans les épaules, car Colin la chatouillait, touche-moi, j’ai peur d’être seule.

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