EDITH PIAF RENCONTRE ABBAS BAIG « Emporter par la foule qui s’élance / Et qui danse / Une folle farandole » – « Carried with the crowd that pushes ahead / and dances / a mad farandola »

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Abbas Baig, piaf, Poésie

Abbas Baig, Morning Poem, India, 2019, Photographie, collection privée

Emporter par la foule qui s’élance
Et qui danse
Une folle farandole


Carried with the crowd that pushes ahead
and dances
a mad farandola


Edith Piaf, La foule, 1957

Je revois la ville en fête et en délire 
Suffoquant sous le soleil et sous la joie 
Et j’entends dans la musique les cris, les rires 
Qui éclatent et rebondissent autour de moi 
Et perdue parmi ces gens qui me bousculent
Étourdie, désemparée, je reste là 
Quand soudain, je me retourne, il se recule 
Et la foule vient me jeter entre ses bras

 Emportés par la foule qui nous traîne 
Nous entraîne 
Écrasés l’un contre l’autre 
Nous ne formons qu’un seul corps 
Et le flot sans effort 
Nous pousse, enchaînés l’un et l’autre 
Et nous laisse tous deux 
Épanouis, enivrés et heureux 

Entraînés par la foule qui s’élance 
Et qui danse 
Une folle farandole 
Nos deux mains restent soudées 
Et parfois soulevés 
Nos deux corps enlacés s’envolent 
Et retombent tous deux 
Épanouis, enivrés et heureux 

Et la joie éclaboussée par son sourire 
Me transperce et rejaillit au fond de moi 
Mais soudain je pousse un cri parmi les rires 
Quand la foule vient l’arracher d’entre mes bras 

Emportés par la foule qui nous traîne 
Nous entraîne 
Nous éloigne l’un de l’autre 
Je lutte et je me débats 
Mais le son de sa voix 
S’étouffe dans les rires des autres 
Et je crie de douleur, de fureur et de rage 
Et je pleure

Entraînée par la foule qui s’élance 
Et qui danse 
Une folle farandole 
Je suis emportée au loin 
Et je crispe mes poings, maudissant la foule qui me vole 
L’homme qu’elle m’avait donné 
Et que je n’ai jamais retrouvé



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