NIETZSCHE RENCONTRE SHIRAGA « Je vous le dis, il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante. Je vous le dis, vous avez encore du chaos en vous. » / « I tell you: one must still have chaos in oneself, to give birth to a dancing star. I tell you: you have still chaos in yourselves. »

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Nietzsche, Philosophie, Shiraga, The Poetic Match

kazuo shiraga

Kazuo Shiraga, Kanesada, 1965, huile sur toile, 116.7 x 90.9 cm, Collection privée

Je vous le dis, il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante. Je vous le dis, vous avez encore du chaos en vous.


I tell you: one must still have chaos in oneself, to give birth to a dancing star. I tell you: you have still chaos in yourselves. 

Frederich Nietzsche, « Prologue » dans Ainsi parlait Zarathoustra, 1883

« Je leur parlerai de ce qu’il y a de plus méprisable au monde, je veux dire du « Dernier Homme ».
Et Zarathoustra parla au peuple en ces termes :
« Il est temps que l’homme se fixe un but. Il est temps que l’homme plante le germe de son espérance suprême.
Son sol est encore assez riche pour cela. Mais ce sol, un jour, devenu pauvre et débile, ne pourra plus donner naissance à un grand arbre.
Hélas! le temps approche où l’Homme ne lancera plus par-delà l’humanité la flèche de son désir, où la corde de son arc aura désappris de vibrer.
Je vous le dis, il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante. Je vous le dis, vous avez encore du chaos en vous.
Hélas ! Le temps vient où l’homme deviendra incapable d’enfanter une étoile dansante. Hélas ! ce qui vient, c’est l’époque de l’homme méprisable entre tous, qui ne saura même plus se mépriser lui-même.
Voici, je vais vous montrer le Dernier Homme:
« Qu’est-ce qu’aimer? Qu’est-ce que créer? Qu’est-ce que désirer? Qu’est-ce qu’une étoile? » Ainsi parlera le Dernier Homme, en clignant de l’œil.
La terre alors sera devenue exiguë, on y verra sautiller le Dernier Homme qui rapetisse toute chose. Son engeance est aussi indestructible que celle du puceron ; le Dernier Homme est celui qui vivra le plus longtemps.
« Nous avons inventé le bonheur », diront les Derniers Hommes en clignant de l’œil.
Ils auront abandonné les contrées où la vie est dure, car on a besoin de la chaleur. On aimera encore son prochain et l’on se frottera contre lui, car il faut de la chaleur.
La maladie, la méfiance leur paraîtront autant de péchés ; on n’a qu’à prendre garde où l’on marche ! Insensé qui trébuche encore sur les pierres ou sur les hommes !
Un peu de poison de temps à autre, cela donne des rêves agréables ; beaucoup de poison pour finir, afin d’avoir une mort agréable.
On travaillera encore, car le travail distrait. Mais on aura soin à ce que cette distraction ne devienne jamais fatigante.
On ne deviendra plus ni riche ni pauvre, c’est trop pénible. Qui voudra encore gouverner? Qui donc voudra obéir? L’un et l’autre trop pénibles.
Pas de berger et un seul troupeau ! Tous voudront la même chose pour tous, seront égaux ; quiconque sera d’un sentiment différent entrera volontairement à l’asile des fous.
« Jadis tout le monde était fou », diront les plus malins, en clignant de l’œil.
On sera malin, on saura tout ce qui s’est passé jadis ; ainsi l’on aura de quoi se gausser sans fin. On se chamaillera encore, mais on se réconciliera bien vite, de peur de se gâter la digestion.
On aura son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit ; mais on révérera la santé.
« Nous avons inventé le bonheur », diront les Derniers Hommes, en clignant de l’œil ».

Ici prit fin le premier discours de Zarathoustra qu’on appelle aussi le prologue : car à ce moment les cris et l’hilarité de la foule l’interrompirent. « Donne-nous ce Dernier Homme, ô Zarathoustra, criaient-ils ; fais de nous ces Derniers Hommes ! Et garde pour toi ton Surhumain ! » Et tout le peuple exultait et faisait entendre des clappements de langue. Mais Zarathoustra en fut affligé et se dit en son cœur: « Ils ne me comprennent point, je ne suis pas la bouche qui convient à ces oreilles ».


And thus spoke Zarathustra to the people:
It is time for man to fix his goal. It is time for man to plant the seed of his highest hope.
His soil is still rich enough for it. But that soil will one day be poor and exhausted, and no lofty tree will any longer be able to grow there.
Alas! there comes the time when man will no longer launch the arrow of his longing beyond man — and the string of his bow will have unlearned to whiz!
I tell you: one must still have chaos in oneself, to give birth to a dancing star. I tell you: you have still chaos in yourselves. 
Alas! There comes the time when man will no longer give birth to any star. Alas! There comes the time of the most despicable man, who can no longer despise himself.
Lo! I show you the Last Man.
« What is love? What is creation? What is longing? What is a star? » — so asks the Last Man, and blinks.
The earth has become small, and on it hops the Last Man, who makes everything small. His species is ineradicable as the flea; the Last Man lives longest.
« We have discovered happiness » — say the Last Men, and they blink.
They have left the regions where it is hard to live; for they need warmth. One still loves one’s neighbor and rubs against him; for one needs warmth.
Turning ill and being distrustful, they consider sinful: they walk warily. He is a fool who still stumbles over stones or men!
A little poison now and then: that makes for pleasant dreams. And much poison at the end for a pleasant death.
One still works, for work is a pastime. But one is careful lest the pastime should hurt one.
One no longer becomes poor or rich; both are too burdensome. Who still wants to rule? Who still wants to obey? Both are too burdensome.
No shepherd, and one herd! Everyone wants the same; everyone is the same: he who feels differently goes voluntarily into the madhouse.
« Formerly all the world was insane, » — say the subtlest of them, and they blink.
They are clever and know all that has happened: so there is no end to their derision. People still quarrel, but are soon reconciled — otherwise it upsets their stomachs.
They have their little pleasures for the day, and their little pleasures for the night, but they have a regard for health.
« We have discovered happiness, » — say the Last Men, and they blink.

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