CYRANO DE BERGERAC RENCONTRE ALBERTO GIACOMETTI « Descriptif : « c’est un roc ! … c’est un pic… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule ! » » / «  Descriptive: « Tis a rock! A peak! A cape! No, it’s a peninsula! » »

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Alberto Giacometti, Edmond Rostand, Théâtre, The Poetic Match

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Alberto Giacometti, Le Nez, 1947, plâtre peint, corde, métal, 82,6 x 77,5 x 36,7 cm, Centre Pompidou, Paris

Descriptif : « c’est un roc ! … c’est un pic… c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule ! »


Descriptive: « Tis a rock! A peak! A cape! No, it’s a peninsula! »

Edmond Rostand, « Tirade du Nez », Cyrano de Bergerac, 1897

Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, —par exemple, tenez :

Agressif : « moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l’amputasse ! »
Amical : « mais il doit tremper dans votre tasse :
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « c’est un roc ! … c’est un pic… c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule ! »
Curieux : « de quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »
Gracieux : « aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »
Truculent : « ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? »
Prévenant : « gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »
Tendre : « faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »
Pédant : « l’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! »
Cavalier : « quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »
Dramatique : « c’est la Mer Rouge quand il saigne ! »
Admiratif : « pour un parfumeur, quelle enseigne ! »
Lyrique : « est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »
Naïf : « ce monument, quand le visite-t-on ? »
Respectueux : « souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! »
Campagnard : « hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! »
Militaire : « pointez contre cavalerie ! »
Pratique : « voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! »

—Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit :
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.


Young man, I am afraid your speech was a trifle short. You could have said at least one hundred other things, varying the tone of your words. Let me give you some examples.

In an aggressive tone: « Sir, if I had a nose like that, I would amputate it! »
Friendly: « When you drink from a cup your nose must get wet. Why don’t you drink from a bowl? »
Descriptive: « Tis a rock! A peak! A cape! No, it’s a peninsula! »
Curious: « What is that large container for? To hold your pens and ink? »
Gracious: « How kind you are. You love the little birds so much you have given them a perch to roost upon. »
Truculent: « When you light your pipe and puff smoke from your nose the neighbors must think the chimney’s afire. »
Considerate: « Be careful when you bow your head or you might lose your balance and fall over. »
Thoughtful: « Place an umbrella over your nose to keep its color from fading in the sun. »
Arcane: « Sir, only the beast that Aristophanes calls the hippocampelephantocamelos could have had such a solid lump of flesh and bone below its forehead. »
Cavalier: « A hook to hang your hat upon. »
Emphatic: « No breeze, O majestic nose, can give thee cold – save when the north winds blow. »
Dramatic: « When it bleeds, it must be like the Red Sea. »
Admiring: « What a fine sign for a perfume shop! »
Lyrical: « Is that a conch shell? And are you Triton risen from the ocean? »
Naïve: « Is that monument open to the public? »
Rustic: « That don’t look like a nose. It’s either a big cucumber or a little watermelon. »
Military: « The enemy is charging! Aim your cannon! »
Practical: « A nose like that has one advantage: it keeps your feet dry in the rain. »

There, sir, now you have an inkling of what you might have said, had you been a witty man of letters. Unfortunately, you’re totally witless and a man of very few letters: only four that spell the word « fool. » But even if you had the skill to invent such remarks, you would not have been able to entertain me with them. You would have uttered no more than a quarter of such a jest, the first syllable of the first word, for such jesting is a privilege I only grant myself

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