LOUIS ARAGON RENCONTRE HELMUT NEWTON « Pendant tout ce long jour assise à son miroir / À ranimer les fleurs sans fin de l’incendie / Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit / Elle martyrisait à plaisir sa mémoire / C’était au beau milieu de notre tragédie / Le monde ressemblait à ce miroir maudit »

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Aragon, Newton, Poésie, The Poetic Match

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Helmut NewtonBergstrom over Paris, 1976, polaroid, 7.3 x 9.5 cm, Collection privée

Pendant tout ce long jour assise à son miroir 
À ranimer les fleurs sans fin de l’incendie 
Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit

Elle martyrisait à plaisir sa mémoire 
C’était au beau milieu de notre tragédie 
Le monde ressemblait à ce miroir maudit 

Louis Aragon, « Elsa au miroir », Les Yeux d’Elsa, 1942

C’était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or Je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C’était au beau milieu de notre tragédie

Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
C’était au beau milieu de notre tragédie
Qu’elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir

Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
Qu’elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir 
À ranimer les fleurs sans fin de l’incendie 
Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit

Elle martyrisait à plaisir sa mémoire 
C’était au beau milieu de notre tragédie 
Le monde ressemblait à ce miroir maudit 
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire

C’était un beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi

Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir

Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit

Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits
Et ce que signifient les flammes des longs soirs

Et ses cheveux dorés quand elle vient s’asseoir
Et peigner sans rien dire un reflet d’incendie.

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