BAUDELAIRE RENCONTRE RICHTER « Je veux te raconter, ô molle enchanteresse ! / Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ; / Je veux te peindre ta beauté, / Où l’enfance s’allie à la maturité. »

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Baudelaire, Poésie, Richter, The Poetic Match

Betty-1977-by-Gerhard-Ric-004

Gerhard Richter, Betty, 1977, huile sur toile, 72 x 102 cm, Collection privée

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.


Oh soft enchantress, I’ll record with truth
The diverse beauties that adorn your youth.
Yes, I will paint your charm
Of womanhood with childhood arm in arm.

Charles Baudelaire, « Le Beau Navire » dans Les Fleurs du Mal, 1857

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ;
D’un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.

Ta gorge qui s’avance et qui pousse la moire,
Ta gorge triomphante est une belle armoire
Dont les panneaux bombés et clairs
Comme les boucliers accrochent des éclairs,

Boucliers provoquants, armés de pointes roses !
Armoire à doux secrets, pleine de bonnes choses,
De vins, de parfums, de liqueurs
Qui feraient délirer les cerveaux et les coeurs !

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Tes nobles jambes, sous les volants qu’elles chassent,
Tourmentent les désirs obscurs et les agacent,
Comme deux sorcières qui font
Tourner un philtre noir dans un vase profond.

Tes bras, qui se joueraient des précoces hercules,
Sont des boas luisants les solides émules,
Faits pour serrer obstinément,
Comme pour l’imprimer dans ton coeur, ton amant.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ;
D’un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.


Oh soft enchantress, I’ll record with truth
The diverse beauties that adorn your youth.
Yes, I will paint your charm
Of womanhood with childhood arm in arm.

When you go sweeping your wide skirts, to me
You seem a splendid ship that out to sea
Spreads its full sails, and with them
Goes rolling in a soft, slow, lazy rhythm.

Over your tall, round neck and those plump shoulders,
Your head swans forth its pride to all beholders,
With grace triumphant, mild,
And strange, you go your way, majestic child.

Oh soft enchantress, I’ll record with truth
The diverse beauties that adorn your youth.
Yes, I will paint your charm
Of womanhood with childhood arm in arm.

Your bosom juts and stretches every stitch,
Triumphant bosom, like a coffer rich
With bosses round and rare,
Like shields that draw the lightning from the air.

Provoking shields, with rosy points uplifted!
Coffer of secret charms, superbly gifted,
Whose scents, liqueurs, and wine
Turn heart and brain deliriously thine.

When you go sweeping your wide skirts, to me
You seem a splendid ship that out to sea
Spreads its full sails, and with them
Goes rolling in a soft, slow, lazy rhythm.

Your noble thighs, beneath the silks they swirl,
Torment obscure desires and tease me, girl;
Like sorcerers they are
That stir black philtres in a deep, cool jar.

Your arms precocious Hercules would grace
And vie with pythons in their bright embrace:
The pressure they impart
Would print your lovers’ image on your heart.

Over your tall, round neck and those plump shoulders
Your head swans forth its pride to all beholders,
With grace triumphant, mild,
And strange, you go your way, majestic child.

— Roy Campbell, Poems of Baudelaire (New York: Pantheon Books, 1952)

 

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