BAUDELAIRE RENCONTRE KLIMT « La rue assourdissante autour de moi hurlait. / Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, / Une femme passa, d’une main fastueuse / Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ; »

Laisser un commentaire
Baudelaire, Klimt, Poésie, The Poetic Match

Gustav Klimt

Gustav Klimt, Femme à chapeau et au boa de plume, 1895, huile sur toile, Osterreichische Galerie im Belvedere, Vienne

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,       
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;


The street about me roared with a deafening sound.
Tall, slender, in heavy mourning, majestic grief, 
A woman passed, with a glittering hand 
Raising, swinging the hem and flounces of her skirt;

Charles Baudelaire, « A une passante » dans Les Fleurs du mal, 1857

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,       
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !


The street about me roared with a deafening sound. 
Tall, slender, in heavy mourning, majestic grief, 
A woman passed, with a glittering hand 
Raising, swinging the hem and flounces of her skirt;

Agile and graceful, her leg was like a statue’s.
Tense as in a delirium, I drank
From her eyes, pale sky where tempests germinate,
The sweetness that enthralls and the pleasure that kills.

A lightning flash… then night! Fleeting beauty
By whose glance I was suddenly reborn,
Will I see you no more before eternity?

Elsewhere, far, far from here! too late! never perhaps!
For I know not where you fled, you know not where I go,
O you whom I would have loved, O you who knew it!

  • Traduction de William Aggeler

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s